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Sois belle et tais-toi !

3 avril 2019 à 18:30

Compagnie Atelier Dix par Dix

Une adaptation très libre de La Belle et la Bête pour questionner la place des femmes et la notion d’identité.

Après la ruine de son père, la Belle et sa famille doivent s’exiler à la campagne. Pensant retrouver sa richesse, le père retourne en ville. Il promet de belles robes à ses filles aînées et une simple rose à la Belle. Revenant de la ville toujours aussi pauvre, il s’égare dans la forêt et trouve refuge dans un grand château. En partant le lendemain, il cueille, pour la Belle, une rose dans le jardin, provoquant la colère terrifiante de la Bête, seigneur du domaine. Ce dernier lui propose alors un marché : sa vie contre celle de la Belle…


Je ne savais pas, en créant une version familiale du conte de Peau d’âne, que je mettais le doigt dans un engrenage maléfique. Le conte est une drogue hallucinatoire, c’est une machine à remonter le temps et une machine à revisiter l’histoire humaine, celle qui est dans l’ombre et parfois dans la nuit noire. En travaillant à la mise en scène de Peau d’âne, je ressentais la jubilation de participer à la longue chaîne de ceux qui se sont emparés de cette histoire. Et quel bonheur que d’entendre les réactions des enfants et quel plaisir que d’échanger avec eux sur ces aventures terribles. Le plaisir d’avoir peur, sans risque. J’avais vu enfant, la version filmée de Cocteau de La Belle et la Bête, je me souvenais de la tristesse de la Bête. Sa mélancolie m’avait touchée par son humanité ; la situation n’était donc pas si simple et claire, c’était comme dans la vie. J’avais aussi dans ma bibliothèque la version de Madame de Beaumont. J’ai donc décidé de m’emparer à ma façon, à ma manière de ce terrible conte. J’ai proposé à Bérénice Brière, qui sera seule en scène, que nous faisions ensemble l’analyse du conte et la mise à jour de la dramaturgie avec pour objectif une plus grande maîtrise du récit. Dans le même esprit nous allons tester l’écriture du texte et l’écriture du plateau en y intégrant les collaborations et les techniques qui nous seront nécessaires (scénographie, lumière, son, vidéo…).

Madame de Beaumont a écrit sa version du conte de La Belle et la Bête pour préparer les jeunes filles aristocrates aux vicissitudes du mariage avec des veufs âgés… On est loin de la vision de Walt Disney. La place des femmes dans les contes est rarement réjouissante, dans Peau d’âne de Charles Perrault, la pauvre princesse est la victime de tous, elle devra charmer le prince pour s’en sortir et se méfier se son futur beau-père. Qu’en est-il aujourd’hui ? L’injonction « sois belle et tais-toi ! » est-elle encore d’actualité ? À quel avenir prépare-t-on les jeunes filles ? Le statut de la femme a toujours eu une place importante dans les textes que j’ai mis en scène. Dans mes deux dernières créations Blackbird de David Harrower et Peau d’âne de Charles Perrault, c’est le sujet central. Je suis un fils, un frère, un mari et un père. Le statut de ma mère, de mes sœurs, de ma femme et de ma fille conditionne aussi le mien au quotidien.

François Chevallier


 

Écriture, mise en scène et création sonore : François Chevallier d’après Madame de Villeneuve et Madame de Beaumont / Interprétation : Anthony Bertaud, Bérénice Brière / Scénographie : Anne Pitard / Lumières : Soraya Sanhaji

La compagnie

L’atelier Dix par Dix, anciennement la Compagnie Addition Théâtre, est une structure de recherche et de création implantée à Nantes depuis 2012 et dirigée par François Chevallier. L’objectif est de mettre en avant les spectateurs, car c'est par eux qu’existe l’acte artistique : « Nous sommes des capteurs de l'air du temps, décrypteurs des codes implicites qui nous entourent. »
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